Je montre ce que tout le monde peut voir. Il suffit d'observer et d'ouvrir les yeux.
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Qui soupçonnerait que les photographies de Cédric Pollet, évoquant des paysages vus du ciel ou des tableaux abstraits, des teintes bleues, roses ou vertes sont celles d'écorces d'arbres ? Venu à l'art en autodidacte, Cédric Pollet nous parle de ce qui l'inspire : les arbres.
Vous voulez que je vous raconte toute l'histoire ? Bien. Mon bac en poche, ne sachant pas quoi faire, j'ai tenté de suivre les traces de mon père vétérinaire, sans grand succès. Mais j'ai eu la chance d'avoir un très bon professeur de biologie végétale qui a éveillé ma sensibilité aux végétaux. J'ai alors décidé d'intégrer une école d'ingénieur agricole et je suis parti plusieurs mois étudier l'horticulture et le paysage en Angleterre. C'est là que j'ai commencé à visiter et à photographier de nombreux jardins. Je voulais créer une photothèque, source d'idées pour dessiner mes futurs jardins. Un jour, j'ai photographié un très vieux chêne. Cette photographie a tout déclenché. Elle révélait une texture crevassée et sillonnée. En tant que paysagiste, on m'avait appris à composer avec les feuilles, les fleurs, le port des arbres mais pas avec leur écorce. Depuis, je n'ai d'yeux que pour elle.
Mes études scientifiques m'ont permis d'acquérir une méthodologie nécessaire à mon travail artistique. Il existe très peu d'étude sur les écorces, seulement six ouvrages leur sont consacrés. Découvrir, décrire, classer les écorces m'intéresse énormément et me fait voyager. Un voyage me demande 3 à 6 mois d'études préalable pour me documenter, contacter les botanistes, savoir à quelle période les arbres se desquament. Car c'est quand ils perdent leur écorce qu'ils révèlent leurs plus belles couleurs. Ma sensibilité artistique passe par mon regard. Je vois un détail qui m'intéresse, je pose mon trépied, j'attends la bonne lumière et je fais ma photo. Je joue beaucoup avec la lumière naturelle et les ombres pour faire ressortir les reliefs et rendre palpable les textures. Le toucher est d'ailleurs très important et influence de plus en plus mon travail artistique. Cette année, je présente deux nouvelles oeuvres sous forme de sculptures qui mélangent photographies et écorces.
En effet, en 2002, j'ai eu la bourse Défi Jeunes du ministère de la Jeunesse et des Sports et la bourse Déclic Jeunes de la Fondation de France. Elles récompensaient et finançaient mon projet pédagogique, culturel et artistique de tour du monde botanique. Elles m'ont permis de voyager et de construire une belle photothèque. Je suis partie en Océanie, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Tasmanie, en Afrique du Sud, en Nouvelle-Calédonie... Des écoles me suivaient par mail, tel un navigateur. A mon retour j'ai organisé un diaporama sur mes voyages et des ateliers pour les enfants, ce que je poursuis aujourd'hui avec ma collection de graines, de fruits et d'écorces.
J'ai envie de transmettre ma passion, mon amour des arbres. L'objectif est bien sûr de sensibiliser à l'environnement. Je pense qu'un long discours ne sert pas à grand chose. Dans mes ateliers, destinés aussi bien aux enfants qu'aux adultes, je joue beaucoup sur l'aspect exotique, le plus surprenant. Je cherche toujours le plus gros spécimen de graine, la plus grosse pomme de pin, le plus gros fruit... ou le plus petit, pour émerveiller et émouvoir. Je fais toucher, goûter, sentir, j'invite un peu au voyage. Lorsqu'il y a connaissance et appropriation, il y a protection. C'est ma manière de voir les choses.
Des voyages. L'Indonésie, la Floride ou encore le Yémen pour photographier des écorces qui me manquent. J'espère pouvoir ramener des épreuves de l'eucalyptus arc-en-ciel qui a la particularité de présenter sur la même écorce toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. C'est hallucinant !
Et un livre à paraître à l'automne 2008. Il regroupera les plus belles écorces que j'ai pu photographier, des arbres les plus communs aux plus rares. Je souhaite qu'il soit artistique avec des photographies "pleine page" d'écorces associées à celles des arbres qu'elles habillent.
Si je devais choisir, ce serait l'eucalyptus pour la diversité de ses espèces et de ses écorces. Beaucoup de personnes pensent qu'il n'y a qu'une sorte d'eucalyptus alors qu'il en existe plus de 1000 espèces. Ses écorces peuvent-être liégeuses, fibreuses, douces, écailleuses et de toutes couleurs. Pour moi qui suis fasciné d'écorces, c'est mon emblème. Il sera d'ailleurs en couverture de mon livre.
On peut tous s'évader, s'émerveiller sur un petit bout d'écorces. Je montre ce que tout le monde peut voir. Il suffit d'observer et d'ouvrir les yeux. La nature est à tout le monde.
Cédric Pollet échange graines, fruits et écorces. N'hésitez pas à le contacter par le biais de son site internet.
Cédric Pollet