Lorsque je suis arrivé, il n'y avait rien d'autre que de la terre labourée.
![]()

Sur les terrasses du château de Lauris, Florent Valentin entretient patiemment les quelque 300 espèces présentes dans le jardin conservatoire de plantes tinctoriales. Rencontre avec un jardinier botaniste à l'esprit résolument nature.
Courbé sur un oeillet d'Inde, un bob enfoncé sur la tête, Florent Valentin semble ne pas nous avoir entendu arriver. On hésiterait presque à l'interpeller tant le silence paraît ici approprié. En cette fin de mois de mai, sur les hauteurs du village de Lauris, la chaleur est intense et le jardin assoupi. "On va aller se mettre à l'ombre" nous lance le jeune jardinier, indiquant de son regard clair un banc en bois dans un coin du jardin.
Florent Valentin s'occupe du jardin conservatoire de plantes tinctoriales depuis sa création sur les terrasses des jardins du château de Lauris. "Lorsque je suis arrivé en 2002, il n'y avait rien d'autre que de la terre labourée". Depuis, il plante, arrose, organise l'espace, restant en permanence à l'écoute de chaque plante. Celles dont il s'occupe proviennent du monde entier. Elles ont en commun de pouvoir être utilisées pour la fabrication de teintures, de peintures, d'encres ou encore dans les domaines alimentaire, cosmétique et médical. Mais chacune a des besoins spécifiques auxquels Florent Valentin s'ingénie à répondre. "Il faut regarder dans quelle zone du monde pousse la plante et ainsi déterminer ce dont elle a besoin au niveau ensoleillement, type de sol, apports nutritifs etc. Parce que même si les plantes ne sont pas originaires de la région, il est très intéressant de pouvoir les présenter au public en expliquant de quelle manière elles sont utilisées dans leur pays d'origine, ou l'ont été autrefois."
Depuis cinq ans, Florent
Valentin s'applique à conserver les savoirs liés à
la teinture et aux plantes tinctoriales, mises à mal au début
du XXe siècle par l'apparition des colorants de
synthèse. "Notre but n'est pas de réintroduire
des plantes dans leur milieu naturel mais plutôt d'établir
un inventaire des plantes utilisées autrefois. Finalement, il
s'agit davantage d'un jardin ethnobotanique que d'un conservatoire au
sens strict." Son
emplacement dans le jardin en terrasses du château de Lauris
n'a d'ailleurs pas été choisi par hasard : "Lauris
possède un large patrimoine pour tout ce qui est ressource de
couleurs. Autrefois, la garance était très cultivée
dans toute la Provence. De ses racines était extrait un très
beau rouge appelé rouge de garance."
Florent Valentin est employé par l'association Couleur Garance qui a été créée en 1998 par un groupe de passionnés de la couleur végétale. Outre son travail de jardinier, il est aussi chargé d'accueillir les visiteurs, d'animer les visites guidées et de trier les graines qui sont ensuite vendues dans la boutique de l'association. "Couleur Garance organise aussi des stages, des formations, des animations et des foires aux plantes". En octobre dernier, le jardin conservatoire a accueilli les Rencontres de la couleur végétale, une manifestation durant laquelle se sont succédé conférences et ventes de plantes. "Il y avait des praticiens de la couleur végétale provenant du monde entier. C'était très intéressant !"
Pour ce jardinier-botaniste, l'interêt pour le naturel ne s'arrête pas aux murs en pierres du jardin de Lauris : "Dans ma vie de tous les jours, j'essaie de manger "bio". C'est un peu plus cher mais en ayant une bonne alimentation, on fait moins appel à la médecine traditionnelle." Et quand on lui demande quelle est selon lui la clé pour une démarche plus respectueuse de l'environnement il répond : "Pour moi, la solution, c'est de consommer moins, moins mais mieux."
Le jardin conservatoire de plantes tinctoriales, à Lauris (84)
Pour connaître les prochaines dates des stages et formations organisées par l'association Couleur Garance, rendez-vous sur www.couleurgarance.com
Olivier Siddi