J'aime les plantes simples mais pas communes.
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Jeanne Bernard fait la visite guidée du jardin du prieuré qu'elle a acheté avec son mari il y a 40 ans. Elle aime avant tout échanger et transmettre au visiteur son goût des belles choses.
"Nos parents nous ont pris pour des fous quand nous sommes devenus propriétaires de ce prieuré en 1967. Bien sûr, c'était une ruine prise dans les ronces où les moutons avaient élu domicile. Mais nous avons eu le coup de foudre et nous savions que nous pourrions redonner vie à ces pierres et à ce jardin." Tout commence par un travail titanesque qu'encadre Henry, son époux : débroussailler l'intérieur des douves, remonter le mur, creuser puis dévier les sources pour remettre l'eau.
Aujourd'hui, le prieuré a retrouvé sa superbe et Jeanne nous fait découvrir son magnifique jardin.
"Maman aimait les fleurs." En héritage, Jeanne aime aussi les fleurs, toutes les fleurs, les fleurs sauvages comme les fleurs singulières. "Ici, nous trouvons aussi bien du sainfoin, du plantain ou de la silène que des tulipes anciennes ou des variétés rares comme cette rose vert acidulé dont les pétales ont le froissé d'une soie. J'aime les plantes simples mais pas communes." Jeanne aime tout simplement les surprises que la nature réserve. Ensuite, elle étudie les harmonies, envisage les combinaisons afin que chaque végétal ait sa place. "En 2006, j'ai créé un parterre associant des chardons Marie et des tulipes pivoines doubles. Je trouvais intéressant de mêler ces formes si différentes. Les visiteurs ont adoré." Ici, on apprécie autant la beauté du lieu que la vie qui en surgit à tout instant. Tout est structuré mais rien n'est rigide. Dans le jardin de méditation, les fleurs audacieuses taquinent les buis sagement taillés selon la volonté de Jeanne qui a créé et entretient le jardin, qui le fait évoluer depuis 40 ans. "Un jardin ne doit pas seulement être beau. Il faut qu'il soit un lieu de vie où l'on se sente bien." Un lieu où la création, dans toute son expression, trouve sa place. Les aquarellistes et les peintres sont d'ailleurs les bienvenues. Les sculptures de Henry, son époux, agrémentent la visite.
Le jardin est aussi un lieu d'échange et de partage. "Parmi les visiteurs, nous rencontrons des passionnés comme nous qui viennent du monde entier. Lorsque, au hasard de nos recherches, nous trouvons une plante que l'un d'entre nous cherchait, nous lui donnons." On découvre ainsi une fougère d'Australie, des tomates de collection venues d'Equateur, mais aussi les plantes sauvages de la campagne poitevine qui auraient bien pu disparaître sans la volonté de cette poignée d'irréductibles dont Jeanne fait partie.
Mais elle et son mari souhaitent surtout que ce Jardin remarquable ouvert au public en 2003 soit l'occasion pour quiconque de passer un agréable moment, qu'il soit botaniste ou simple amateur, familier des plantes ou promeneur du dimanche.
Des aménagements ont été faits pour faciliter l'accès de tous, en particulier celui des handicapés. "Nous recevons beaucoup de non-voyants. Le bruit de l'eau qui coule, le chant des oiseaux, les senteurs de fleurs leur procurent une joie immense." Sans oublier les enfants qui s'amusent avec les cornichons sauteurs. Quand l'on cueille le cornichon, un jet d'eau en jaillit, façon astucieuse pour cette espèce de propulser sa semence. Rires garantis. Lorsque le raisin de la vigne centenaire est mûr, les petits comme les grands peuvent le savourer. Le petit-fils des propriétaires adore venir à Laverré. Ce jardin possède une âme et un cœur, celui d'une femme qui sait transmettre son goût de la vie.
Le Jardin du prieuré de Laverré à Aslonnes (86), de Pâques à la mi-octobre.
Jardin du prieuré de Laverré