J'ai voulu m'intéresser aux jardins de tout le monde.
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Les jardins de Provence, Louisa Jones les connaît bien. Depuis plus de trente ans, cette journaliste-écrivain ne cesse de les étudier, de les chercher, de les raconter. Et quand elle en parle, c'est forcément avec passion.
Avec son teint de lait et son petit accent, on jurerait que Louisa Jones arrive tout droit de Grande-Bretagne. Il n'en est rien. Cette journaliste-écrivain passionnée de jardins tire ses origines du Canada qu'elle a quitté il y a longtemps pour les Etats-Unis, puis la France. Le jardin ? Elle est tombée dedans "comme Alice quand elle a vu le lapin blanc passer" aime-t-elle à imager. Le lapin était en réalité un jeune Français rencontré lorsqu'elle enseignait la langue de Shakespeare à Seattle. Ensemble, il sont venus en Avignon dans le cadre d'un programme d'études. Ensemble, ils ont acheté une maison dans les Cévennes ardéchoises : "C'était une très vieille ferme. Il y avait des vignes, des fruitiers et un potager que j'ai eu envie de ne pas laisser mourir."
En Avignon, dans les années 70, Louisa Jones enseigne l'histoire de la Provence aux étudiants américains de la faculté de lettres. Pour préparer ses cours, elle étudie la région, son histoire, ses traditions. Intéressée par les jardins, elle cherche à comprendre : "A cette époque, les gens me disaient qu'il n'y avait pas de jardins en Provence. J'ai compris que c'était parce que tout le monde avait en tête les jardins anglais, les jardins d'ornement". Au début des années 90, elle publie un livre intitulé Jardins de Provence, fruit de ses années de recherche. Dans ce premier ouvrage, elle offre aux lecteurs une incursion au coeur de ces jardins jusqu'alors méconnus. "J'ai voulu m'intéresser aux jardins de tout le monde. Et j'ai découvert que beaucoup de gens ne faisaient pas des jardins utilitaires mais par exemple de belles petites cours. Les propriétaires étaient très humbles mais en fait ils étaient vraiment des artistes."
Depuis, les jardins de Provence ont révélé leur beauté aux yeux de tous. "Il y a eu toute une évolution sur trente ans. La vieille Provence un peu oubliée est devenue à la mode." Et les nombreux ouvrages publiés par Louisa Jones n'y sont sans doute pas pour rien. Depuis peu, cette passionnée de jardin constate une nouvelle tendance : un jardin moins formel, plus sauvage, répondant mieux au climat. "Le modèle actuel, c'est le jardin sec d'Olivier Filippi (pépiniériste et auteur de l'ouvrage Pour un jardin sans arrosage. Ndlr), un jardin de garrigue qui n'a pas besoin d'être arrosé et tolère la sécheresse."
Aujourd'hui, Louisa Jones vit toujours dans les Cévennes ardéchoises. Quand elle a un moment de libre elle y cultive son jardin qu'elle garde secret. "C'est le jardin potager d'origine. Beaucoup de fleurs s'y sont installées toutes seules et je n'ai pas le temps de les arracher. Je suis la seule personne à ma connaissance à cultiver un potager en pré fleuri" rajoute-t-elle en riant. Et si elle manque de temps pour s'en occuper, c'est que la journaliste-écrivain préfère partir à la découverte de ceux des autres. "J'aime le plaisir esthétique, le plaisir sensuel des jardins, mais aussi les rencontres que j'y fais. Toutes sortes de gens ont des jardins. C'est vraiment merveilleux." Et à l'écouter en parler, on ne saurait en douter.
Derniers ouvrages :
Un art de vivre au jardin - Par Louisa Jones - Editions Kubik
Une écologie humaniste - Par Louisa Jones et Gilles Clément - Editions Aubanel
Où en est l'herbe ? - Par Gilles Clément - Textes présentés par Louisa Jones - Editions Actes Sud
Consultez www.gardeninprovence.com
Portrait : Olivier Siddi - Photos suivantes : Louisa Jones