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| Samedi 17/05/2008 St Pascal, offrez des fleurs avec Florajet.com

Muriel Nègre, propriétaire de la bambouseraie

L'attachement sentimental à la Bambouseraie est une condition nécessaire à son animation.

Muriel Nègre, propriétaire de la Bambouseraie de Prafrance
Construction en bambou réalisée à la Bambouseraie suite à l'accueil en 1980 de réfugiés politiques laotiens Le Vallon du Dragon, le jardin zen créé par Erik Borja dans le prolongement de la Bambouseraie Depuis 2004, des expositions de landart s'intègrent à la forêt de bambous. Ici, création de Mireille Fulpius visible en 2007 La Bambouseraie compte aujourd'hui 200 variétés différentes de bambous Phyllostachys pubescens "Heterocycla" reconnaissable à ses tiges sinueuses

Créée en 1856, au pied des Cévennes, la Bambouseraie de Prafrance a su garder l'esprit de son créateur et vivre avec son temps. Muriel Nègre, propriétaire du site, retrace pour nous l'histoire d'un lieu unique en Europe.


La bambouseraie a fêté ses 150 ans en 2006. Pouvez-vous nous raconter sa genèse ?

En 1856, Eugène Mazel achète le domaine de Prafrance sur la commune de Générargues, non loin d'Anduze dans le Gard. Importateur d'épices, il est avant tout passionné de botanique et décide de créer un arboretum sur son domaine. Il enrichit ses collections par des échanges avec les collectionneurs, les botanistes ou les pépiniéristes de l'époque. Il réussit à acclimater plusieurs espèces de bambous et de nombreux végétaux exotiques. Ses collections deviennent fabuleuses. Hélas, l'entretien du domaine devient trop coûteux et Eugène Mazel meurt ruiné en 1890. Le domaine est alors géré par le Crédit Foncier de France jusqu'en 1902.


Comment est-elle alors devenue une aventure familiale ?

Tout commence en novembre 1902. Le Crédit Foncier vend à la bougie le domaine de Prafrance. Mon grand-père, Gaston Nègre, se porte acquéreur. Directeur de banque, il n'a aucune connaissance botanique. Pour gérer le domaine, il s'entoure de professionnels, entreprend de sauver les collections d'Eugène Mazel et poursuit les échanges avec le jardin botanique de Montpellier.

Mon père, Maurice Nègre, s'oriente naturellement vers des études d'agronomie et prend la direction du domaine en 1948. Il continue d'enrichir les collections et la bambouseraie acquiert une certaine renommée. Face aux nombreuses demandes, il l'ouvre au public en 1953. Suite au décès accidentel de mon père en 1960, ma mère assume seule la gestion du domaine jusqu'en 1977, date à laquelle il me revient de poursuivre l'oeuvre familiale. L'attachement sentimental à la Bambouseraie est une condition nécessaire à son animation. Mes enfants et mes petits-enfants sont très impliqués. La bambouseraie restera familiale, c'est ma volonté.


Que reste-t-il de l'héritage d'Eugène Mazel ?

Eugène Mazel a énormément planté et ses collections étaient extraordinaires. Il a été précurseur en matière de mixité végétale. De nos jours on parlerait plutôt de biodiversité. Bien que le Crédit Foncier ait interdit de couper les plantations, les collections ont périclité par manque de soin et ma famille n'a pu en sauver qu'une petite partie. 30 espèces de bambous et certains arbres remarquables, plantés il y a 150 ans, ont cependant été préservés. Parmi eux vous pouvez encore admirer un majestueux ginkgo biloba, de gigantesques séquoias à feuilles d'if ou encore l'arbre aux pochettes à la floraison exotique.

Pour relancer une campagne de plantation et enrichir les collections dans un souci de biodiversité, les archives d'Eugène Mazel m'ont beaucoup aidé. J'ai voyagé, visité de nombreux jardins et entretenu des échanges avec les collectionneurs, mais toujours avec pour fil conducteur l'esprit originel des collections d'Eugène Mazel : un mariage harmonieux entre les bambous, les arbres et les plantes des cinq continents.


Vous dirigez la Bambouseraie depuis maintenant 30 ans. Comment avez-vous personnellement contribué à son évolution ?

Outre l'augmentation des collections botaniques et du nombre de visiteurs aux fils des années, j'ai essayé d'y apporter une dimension culturelle. Dans les années 1980, j'ai accueilli des réfugiés politiques laotiens. Ils nous ont fait partager leur savoir sur le bambou et construit un village traditionnel dans la Bambouseraie, témoignage de l'art de vivre de leur pays. Plus récemment, en 2006, le Vallon au Dragon à été inauguré. L'idée était de créer un de ces jardins que l'on voit au Japon et dans lesquels la nature se ressent fortement. Je voulais faire entrer cette culture à la Bambouseraie. Et vraiment, le Vallon au Dragon aménagé par le paysagiste Eric Borja, s'intègre naturellement dans l'ensemble du domaine. C'est une réussite.

J'ai également invité ponctuellement, à partir de 1977, des artistes qui s'inspirent du végétation. Depuis 2004, chaque année, deux nouveaux artistes installent leurs oeuvres dans la Bambouseraie pour proposer un nouveau regard sur la nature et sur la Bambouseraie. Je me suis également rapprochée de scientifiques, avec un comité consultatif d'experts piloté, entre autres, par le botaniste Francis Hallé. Pour moi, cette ouverture culturelle, artistique et scientifique est à la fois enrichissante pour les visiteurs et dynamisante pour les collaborateurs de la Bambouseraie.


Qu'est-ce que nous proposera la Bambouseraie en 2008 ?

Un projet scientifique me tient particulièrement à coeur. Gilles Ebersolt va concevoir et mettre en place dans l'enceinte de la Bambouseraie un prototype en bambou de son projet "l'ancre des cimes". Cet architecte a déjà conçu, en collaboration avec Francis Hallé, "le radeau des cimes" destiné à l'exploration des canopées forestières. Ici, il va proposer un habitat destiné à l'observation des arbres et offrir aux chercheurs une autonomie de plusieurs jours.

2007 c'est également l'année des 150 ans de l'amitié franco-japonaise. A cette occasion je souhaite organiser une cérémonie shinto pour faire sacraliser le gingko biloba de la Bambouseraie, un magnifique arbre qui date de l'époque d'Eugène Mazel. J'espère organiser un concert de tambour japonais ainsi que des conférences sur le jardin japonais.


Si Eugène Mazel était encore vivant, qu'aimeriez-vous lui dire ?

Je lui dirais : "J'espère que tu es fier de voir ce qu'est devenue la Bambouseraie et du rôle de chacun dans la pérennisation de ton rêve."


A visiter

La Bambouseraie. Domaine de Prafrance.

30140 Générargues Anduze


Prochain rendez-vous de la Bambouseraie

Les Journées du patrimoine, samedi 15 et dimanche 16 septembre 2007 : ateliers et conférence avec Cédric Pollet, artiste photographe.


Crédit photos

Olivier Siddi



par Sylvia VERGNON - Article paru le 13/09/2007

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