Je vis fleur, pense fleur, rêve fleur.
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Fleuriste artificiel, un métier d'art qui perdure grâce à quelques passionnés comme Séverina Lartigue. Elle nous dévoile son univers.
Séverina Lartigue fêtera les dix ans de son entreprise en 2008. Dix ans de travail patient et créatif à réaliser des fleurs artificielles, principalement pour la haute couture. "Artificielles" est à entendre au sens noble du terme, car ces fausses fleurs témoignent d'une telle finesse qu'on imagine la sensibilité avec le monde végétal qu'elles impliquent.
Oui. Cette passion me ramène à mes 6 ans. Je suis entrée avec ma mère dans une vieille mercerie. Je me souviens de l'odeur des meubles aux mille tiroirs, des tissus, des pailles. Il m'a fallu faire un choix impossible parmi de ravissantes petites fleurs en velours qui devaient décorer un chapeau de paille crème bordé d'un biais marine. Bien plus tard, en 1993 je suis allée voir une exposition au musée des Arts et traditions populaires à Boulogne, près de Paris, qui recréait l'ambiance des rues commerçantes du début du XXe siècle. Je suis restée figée devant l'atelier du fleuriste artificiel.
Je devais effectivement me former, apprendre les techniques pour réaliser ces fleurs. Je travaillais déjà comme maquettiste en volume, spécialisée en architecture, après un diplôme de paysagiste. Trop vieille et trop diplômée, j'ai dû faire preuve de détermination pour pouvoir tout de même m'inscrire au seul CAP existant grâce auquel j'ai pu suivre les cours de Madame Moncomble, ancienne rosiériste chez Trousselier, grande maison qui crée des fleurs d'art depuis 1877.
Je l'ai monté de toutes pièces puisque tous les outils que j'utilise, mis à part les ciseaux, ne se fabriquent plus. J'ai chiné pour me procurer le matériel dont j'avais besoin, un matériel cher car très prisé des collectionneurs. J'ai aujourd'hui 4000 emporte-pièces pour la découpe du tissu, environ 1200 gaufroirs, 200 outils à main et des meubles pour tout ranger. J'aime ces objets qui ont traversé le temps, qui ont une histoire, en particulier ma pince de fleuriste que m'a confiée Jacques Delamare, un outil qu'utilisait sa mère, Noémie Fromentin, pour confectionner les fameux camélias "Coco Chanel".
Tout d'abord, je réalise le patron et je choisis le tissu. Commence alors la fabrication composée de 6 étapes : l'apprêtage pour rigidifier le tissu, la découpe à l'aide d'un emporte-pièce, la teinture, le gaufrage qui permet d'obtenir les empreintes sur le tissu comme les nervures, et enfin le montage. Rien n'est rapide dans ce métier.
J'aime la soie pour sa transparence, sa façon de prendre la couleur, sa légèreté. J'apprécie aussi beaucoup le cuir. C'est une matière vivante qui ne réagit jamais de la même façon, qu'il faut apprivoiser.
Je me suis spécialisée dans la confection sur mesure des parures de mariée. Depuis 2001, je travaille principalement pour la haute couture mais je peux aussi répondre aux demandes des particuliers s'ils ne sont pas trop pressés.
Je vais bientôt vendre en ligne sur mon site. Par ailleurs, le conservateur du musée d'Art et d'Histoire de Lisieux et moi préparons une exposition sur le métier de fleuriste artificiel où beaucoup des outils et objets de ma collection seront visibles.
Promenez-vous dans l'atelier de Séverina Lartigue
L'exposition "Fleuriste artificiel" au musée d'Art et d'Histoire de Lisieux. Ouverture prévue fin 2007 pour une durée de 4 mois. Accueil : 02 31 62 07 70.
Séverina Lartigue